Journée internationale pour la prévention de l'exploitation de l'environnement en temps de guerre et de conflit armé

Le 6 novembre est la Journée internationale pour la prévention de l'exploitation de l'environnement en temps de guerre et de conflit armé.

 

Elle a été décidée par la résolution 56/4 de l’Assemblée générale des Nations Unies en 2001 et a été décrétée par le Programme de l’ONU pour le développement (PNUD). Cela s’inscrit dans son engagement climatique avec les Objectifs de développement durable. 

En effet, comme l’a rappelé le Secrétaire Général des Nations Unies Antonio Guterres, il est urgent de prendre des mesures ambitieuses et d’agir afin de « protéger notre planète des effets débilitants de la guerre ». Mais pourquoi parle-t-il de conséquences négatives de la guerre sur notre environnement ?

 

La proclamation de cette Journée permet de mettre en lumière les rapports entre guerre et environnement tout en sensibilisant l’opinion internationale aux dommages infligés à l’environnement par les combats. 

Sa célébration permet de rappeler que l’impact des guerres sur l’environnement est majeur, bien que souvent oublié ou minoré. 

En effet, si les pertes humaines et les dégâts matériels dus aux conflits armés sont comptabilisés, les dévastations écologiques ne sont pas prises en compte alors que les écosystèmes et les ressources naturelles sont impactés y compris après la fin des hostilités. 

 

Pourtant, de nombreux désastres environnementaux, brûlage de récoltes, animaux tués, puits pollués ou arbres abattus, sont commis dans le but de prendre un avantage militaire. 

Ainsi, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a relevé que 40% de tous les conflits internes étaient liés à l’exploitation des ressources naturelles lors des 60 dernières années, mais aussi que les conflits impliquant des ressources naturelles (des ressources de grande valeur ou des ressources rares) avaient deux fois plus de chance de se reproduire.  

 

Les dégâts environnementaux causés par les conflits armés sont également humains et ont de sévères conséquences sur les populations locales et les générations futures. En effet, celles-ci dépendent des ressources naturelles pour vivre, or les réserves en eau ou les cultures peuvent être affectées voire détruites par la guerre. 

Par exemple, le PNUE rapporte que la guerre en Ukraine a touché des installations nucléaires, gazières ou énergétiques, ce qui a notamment entraîné une importante pollution de l’air et des eaux, y compris dans des zones urbaines. Selon France 24, « des échantillons d'eau de rivière ont montré des niveaux d'ammoniac 163 fois supérieurs à la normale » dans la ville de Ternopil à l’Ouest du pays.

 

De plus, cela renforce les inégalités intra et inter-étatiques. 

Effectivement, le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres expliquait que : « la dégradation des ressources naturelles et des écosystèmes s‘ajoute aux défis auxquels sont confrontées les communautés déjà vulnérables, à court et à long terme, et notamment les femmes et les filles qui sont touchées de manière disproportionnée ». 

A cela s’ajoute la menace de nouveaux conflits du fait du changement climatique qui modifie les paysages physique et géopolitique du monde. De nombreuses recherches ont souligné les liens entre changement climatique et conflits, du fait notamment de la modification des voies maritimes ou de la convoitise des ressources.  

 

Par conséquent, l’un des enjeux de l’ONU pour le maintien et la consolidation de la paix est la protection de l’environnement. De ce fait, en 2016, de nombreux ministres se sont réunis au sein de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement dans l’objectif de mettre en place des politiques publiques environnementales. Suite à cela, une résolution reconnaissant le rôle d’écosystèmes sains et la gestion durable des ressources dans la réduction des conflits armés, a été adoptée.


Par ailleurs, afin de mettre en pratique ces défis, plusieurs partenariats sont mis en œuvre. Parmi eux, il y a un partenariat entre l’Union européenne et l’ONU qui consiste à aider les pays à mieux gérer les ressources naturelles. Il y aussi un programme mondial de recherche entre l’Institut du droit de l’environnement (ELI), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’Université de Tokyo et l’Université McGill, qui recueille des informations concernant la gestion des ressources naturelles. Un autre partenariat plaide l’égalité des genres et la gestion durable des ressources naturelles en faveur de la paix. 

 

Quelles solutions sont donc mises en place pour protéger la planète en temps de guerre ? Si le PNUE a pour mission première d’œuvrer à minimiser les causes et conséquences environnementales des crises en prévenant les risques, en mettant en place des solutions efficaces et en agissant pour le maintien de la paix, il n’est pas le seul levier d’action. Le droit international, à travers les Conventions de Genève et les protocoles additionnels interdit d'utiliser des « moyens de guerre qui sont conçus pour causer […] des dommages étendus, durables et graves à l'environnement naturel » et le Statut de Rome de 1998 de la Cour Pénale Internationale définit les attaques visant à causer ce type de dommages à l’environnement comme des crimes de guerre.

 

Finalement, l’ancien Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon déclarait en 2011 : « En cette Journée internationale, prenons conscience de l’ampleur dans l’espace et dans le temps des répercussions qu’ont les dégâts écologiques que nous provoquons en temps de paix comme en temps de guerre. ».

Louison MARCHANDISE - Vannina BOZZI-ROBADEY